Conseils aux artisans

Acompte sur devis : combien demander et comment le formuler

Par Jamal Baroud, peintre à Neuchâtel ·

Demander un acompte gêne beaucoup d’artisans. On a peur de paraître méfiant, ou de perdre le chantier face à un concurrent qui n’en demande pas. Pourtant, un acompte bien présenté rassure autant le client que l’artisan : il montre que le chantier est réservé et que les matériaux seront commandés.

Voici comment je m’y prends, et ce que j’ai vu fonctionner chez des collègues de plusieurs métiers.

Pourquoi demander un acompte

L’acompte sert d’abord à couvrir ce que vous avancez. Pour un peintre, c’est la peinture et le petit matériel. Pour un cuisiniste ou un storiste, c’est une commande sur mesure, souvent non reprise par le fournisseur. Pour une entreprise de façade, ce sont des semaines de travail avant la première facture.

Il sert ensuite à confirmer l’engagement. Un client qui a payé un acompte ne disparaît pas la veille du chantier. Et vous pouvez réserver vos dates sans craindre un trou dans votre planning.

Combien demander

Il n’existe pas de pourcentage unique. Ce qui compte, c’est le lien entre l’acompte et ce que vous engagez avant d’être payé. Quelques repères observés sur le terrain :

  • Petit chantier de quelques jours, peu de fournitures : pas d’acompte, ou un acompte modeste à la signature.
  • Chantier avec fournitures standard : un acompte à la signature qui couvre au moins les matériaux.
  • Commande sur mesure (cuisine, stores, menuiserie, vitrage) : un acompte plus élevé, qui couvre la commande au fournisseur.
  • Chantier long : plusieurs acomptes échelonnés, à la signature, à mi-chantier, avant les finitions, puis le solde.

Ce que dit le droit

L’acompte est une affaire de contrat entre vous et votre client : ce que vous écrivez sur le devis, et qu’il accepte, fait foi. Les normes professionnelles de votre branche, les conditions générales de votre association et la nature du client (particulier, entreprise, collectivité) peuvent aussi jouer un rôle.

Je ne vous donnerai pas de règle juridique ici, parce qu’elle dépend de votre situation. Avant de fixer votre pratique, renseignez-vous auprès de votre fiduciaire ou du service juridique de votre association professionnelle.

Échelonner selon l’avancement

Un échéancier lisible tient en trois ou quatre lignes, chacune liée à une étape que votre client peut constater. Par exemple, pour une rénovation de salle de bains :

  • Acompte 1 : 30 % à la signature du devis.
  • Acompte 2 : 30 % à la fin des conduites et de l’étanchéité.
  • Solde : 40 % à la fin des travaux, déduction faite des acomptes, payable à 30 jours.

Comment le formuler sur le devis

La formulation doit être simple, factuelle et placée près du total. Pas de justification à rallonge : un acompte n’a pas besoin d’excuses. Quelques phrases qui fonctionnent :

« Un acompte de 30 % est demandé à la signature, pour la commande des matériaux. Le solde est payable à 30 jours dès la fin des travaux. »

« Échéancier : 40 % à la commande, 40 % à la livraison, 20 % à la mise en service. »

« Les dates du chantier sont réservées dès réception de l’acompte. »

La dernière phrase est la plus efficace : elle transforme l’acompte en réservation, ce qui est exactement ce qu’il est.

Une facture d’acompte à part

Une fois le devis signé, envoyez une vraie facture d’acompte, avec un numéro, une date, le montant, la TVA si vous y êtes assujetti, et une QR-facture. Pas un simple email « merci de verser CHF 2’000.– ». Votre client a besoin d’un document pour payer, et vous avez besoin d’une pièce pour votre comptabilité.

Donnez à vos factures d’acompte une numérotation distincte, par exemple A-2026-0012, pour ne pas les confondre avec les factures finales.

La facture finale

La facture finale reprend le devis complet, ajoute les suppléments acceptés, retire ce qui n’a pas été fait, puis déduit les acomptes déjà payés. Écrivez chaque acompte sur sa ligne, avec son numéro et sa date de paiement. Le client voit d’un coup d’œil ce qu’il a déjà versé et ce qu’il reste à payer.

Sur le traitement de la TVA des acomptes, et sur la date à retenir pour un chantier à cheval sur deux taux, votre fiduciaire vous indiquera la bonne pratique.

Les erreurs fréquentes

Les mêmes oublis reviennent d’un artisan à l’autre. Ils se corrigent tous avant l’envoi du devis :

  • Demander l’acompte oralement, sans facture : le client ne sait pas quoi payer, ni sur quel compte.
  • Oublier l’acompte sur le devis, puis le réclamer après la signature.
  • Fixer un acompte sans lien avec une étape : le client ne comprend pas pourquoi il paie maintenant.
  • Commencer le chantier avant d’avoir reçu l’acompte, alors que le devis dit le contraire.
  • Oublier de déduire un acompte sur la facture finale, et faire payer deux fois.

Quand le client refuse

Cela arrive. Écoutez d’abord la raison. Souvent, c’est une question de confiance : un client qui ne vous connaît pas hésite à payer avant de vous voir travailler. Proposez alors un acompte plus faible, ou lié à la livraison des matériaux sur le chantier.

Si le client refuse tout acompte sur une commande sur mesure, demandez-vous si vous voulez porter seul ce risque. Parfois, la bonne réponse est de ne pas prendre le chantier.

En résumé

Un acompte bien posé tient en une phrase claire, une étape constatable et une facture avec QR-facture. Il protège votre trésorerie et rassure votre client. Pour la partie juridique, votre fiduciaire reste la référence.

Dans DevisExpert, vous fixez l’échéancier sur le devis, et chaque demande d’acompte se génère depuis le devis signé, avec sa QR-facture.

Essayer gratuitement

14 jours gratuits, puis CHF 39.90 par mois. Sans engagement.

Les autres conseils